Bon allez, après avoir pas mal tergiversé et avoir été très influencée (elle se reconnaitra), je me décide enfin à entamer un blog .Je préviens tout de suite que ce blog ne sera pas très consistent mais plutôt un condensé de posts à l’emporte-pièce pour retranscrire de manière organisée et illustrée les notes griffonnées sur mon carnet de route. Ainsi, à travers mes pérégrinations, j'espère procurer une bouffée d'air frais et vous donner envie de larguer les amarres.

Pourquoi ce TDM ?

-Parce que lors d’un voyage en Argentine, j’ai eu la chance de rencontrer un tas de gens intéressants "tourmondistes" qui m’ont donné l’envie irrésistible de m’y essayer (il se reconnaitra).

-Parce que je vis ma vie à l'envers, ou plutôt je vis ma liberté, en toute objectivité. Puis la retraite je n'en verrais pas la couleur alors autant la savourer tant que je suis jeune, dotée d' une énergie et d'une curiosité débordantes.

"Vivre ses rêves plutôt que de rêver sa vie", tel est mon crédo.

-Parce que le voyage est aussi intérieur, il apporte des indices à cette quête éternelle du soi et dévoile souvent de nombreuses révélations.


Allez, hop, on charge la carapace, la maison pour les mois à venir, on n'oublie pas le sésame pour franchir les frontières, les yeux tendus vers l'horizon, c'est parti!

lundi 27 septembre 2010

4éme semaine : la fin du calvaire approche


Je suis HS ce matin, je suis toujours  enrhumée, il faisait au moins 35°C dans la chambre la nuit dernière, impossible de trouver le sommeil après l’incident de la veille du coup, j’ai passé 2h sur le net à glaner des infos et témoignages sur la culture indienne. Je crois que je suis lassée, épuisée, usée par l’Inde. Douce France, comme tu me manques ! Ça fait déjà quelques jours que je ne cesse de rêver de carlingues d’Air France.
On a décidément du mal à nouer des liens avec nos hôtes comme nous avions pu le faire lors de nos précédentes expériences de Couchsurfing. On ne peut pas dire qu’ils ne sont pas sympas mais il n’y a pas d’atomes crochus.
Nous partons en ville et faisons une longue pause café dans un « Coffee Day », on en profite pour écrie, papoter, casser du sucre sur le dos des indiens. Et surtout on apprécie pleinement ce qu’on prend d’habitude pour acquis, d’être en bonne santé, de se sentir bien, de n’avoir mal nulle part. Deux allemandes attablées en face de nous, sont elles aussi plongées dans la rédaction de leur carnet de bord. On négocie un taxi collectif, sorte de Van Volkswagen qui met des plombes à décoller pour se rendre à la frontière pakistanaise : wagha border située à 30km. Commence ici une course infernale, notre chauffeur est un fou, le van se faufile comme un serpent de la rue, je flippe et préfère fermer les yeux pour diminuer mon angoisse, et puis j’évite ainsi à mes yeux d’être de vrais réceptacles à poussière. Le confort est très sommaire, Rémi et moi partageons un siège pour 2 à l’avant et nos culs sont en train de frire sous les dégagements de chaleur générés par le moteur situé sous nos fesses. Arrivés à la frontière en un seul morceau, thanks God ! Les files d’attente étant toujours séparées, j’accède à la porte frontalière avec le Pakistan beaucoup plus vite que Rémi, il y a peu de visiteurs de sexe féminin. 
A l’intérieur de l’enceinte, chacun prend place sur les gradins toujours séparés selon le genre sexuel, on attend plus de 30 min sous un soleil cuisant avant que le show commence. Attention, c’est un vrai show à l’américaine, des militaires mesurant pas loin de 2m engoncés dans leurs costumes exubérants encouragent le public en vociférant dans leur micro. J’ai rarement vu des indiens aussi grands. A ma grande surprise, il y a aussi des militaires de sexe féminin. Les femmes qui m’entourent mettent à profit leurs cordes vocales, les décibels s’affolent. 1ère étape de la cérémonie : les femmes se mettent en rang par 2 et une fois le drapeau entre leurs mains, leur mission consiste à courir une distance de 100m et le transmettre à un autre binôme. C’est plutôt marrant mais c’est encore plus drôle lorsque des femmes s’adonnent à toute une série de danses bollywoodiennes, je reconnais la musique de la BO de Slumdog Millionaire. La cérémonie prend des allures plus solennelles lorsque les militaires se livrent à une chorégraphie de marche militaire, on assiste alors à une série d’ouvertures et fermetures de la porte séparant l’Inde du Pakistan. Du côté pakistanais, la symétrie est parfaite, même concept, hommes et femmes séparés sur les gradins. Les militaires des 2 pays se saluent sans fioriture. 







Nous quittons les lieux et c’est toute une foule se dirigeant vers la sortie que nous devons affronter sous une chaleur toujours aussi écrasante. Je retrouve enfin Rémi dans toute cette cohue et nous partons rejoindre le van qui nous attend pour rentrer à Amritsar. On ressort un peu déçus, ça doit vraiment être plus intéressant pour les locaux. Le trajet de nuit cette fois est au diapason du précédent, en plus notre kamikaze de chauffeur ne comprend pas où l’on veut descendre du coup on le guidera. On doit encre marchander la course en Rickshaw pour rentrer chez notre famille d’accueil. C'est toujours une partie de joutes verbales. Si les Occidentaux se mettent à payer le double pour n'importe quoi, ils se font une mauvaise réputation. Ça nous fait passer pour beaucoup plus riches que nous sommes. Sur la route on a croisé une voiture gisant dans un fossé, un vrai spectacle pour les gens qui s’agglutinent en masse. Nous retrouvons notre petite famille elle aussi agglutiné devant le petit écran, visiblement fascinés par l’émission « India got talent ».
Je pars rejoindre la femme de Jolly dans la cuisine pour l’aider à préparer des chappattis, j’apprends alors qu’elle est plus jeune que moi et qu’elle a eu son premier enfant à 13 ans, je suis déconcertée. Affamés nous savourons notre repas, un pur délice. Ces quelques jours chez l’habitant m’ont réconciliée avec la nourriture locale. 
L’appel du lit est trop fort, c’est notre dernière nuit de grand confort, on s’habitue vite. Demain, nous bouclons la boucle, retour vers Mumbai.

Le lendemain, Jolly nous dépose à l’aéroport où s’ensuit une série de contrôles, ils sont très suspicieux, on a du montrer notre passeport et nos billets au moins 3 fois avant d’accéder au check in. Pour la première fois depuis notre arrivée en Inde j’ai froid, j’avais oublié la sensation de la clim. 
1h plus tard nous arrivons à Dehli pour une escale qui s’avère plus longue que prévu, notre vol pour Mumbai ayant été annulé. Je suis quand même épatée de voir une marque d’organisation à l’aéroport, ils ont pris soin de mettre des chariots devant les tapis, wow !
On tue le temps dans la « food court » de l’aéroport, en bons occidentaux, on opte pour des cornets de frites et une pizza végétarienne. Une bonne dose de rappel du western world ne peut pas faire de mal ;)
Une fois arrivés à Mumbai, nous partons rejoindre un Couchsurfer, Meet qui va nous héberger pendant les derniers jours de notre séjour. Le chauffeur de taxi ne connait apparemment pas le quartier de Versova, il s’arrête au moins 5 fois pour demander son chemin aux gens dans la rue, typiquement indien. Il osera même me dire que Meet nous a donné une adresse erronée. Tiens ce n’est pas la première fois qu’on nous sort cette excuse histoire de se déculpabiliser. Après 1h30 d’errance, on rejoint enfin Meet en compagnie d’une autre CSurfeuse chinoise à qui on relègue notre taxi. Il nous apprend qu’elle a décidé de bouger car elle s’ennuyait chez lui mais regrettait sa décision en apprenant que nous arrivions. Ca promet…
On fait connaissance avec Meet qui est super sympa, même si on a du mal à le comprendre parfois, il partage un appartement avec des amis férus de Koppoeira, sans oublier 3 petits chatons errants et leur mère qui ont élus domicile chez lui. Ils sont trop mignons mais n’ont que la peau sur les  os. Il nous laisse nous reposer sur les matelas au sol pour se rendre à sa séance de fitness, il veut absolument perdre ses kilos en trop. 



A 23h, notre hôte est de retour, on avale quelques chappattis et des patates au curry et petits légumes puis partons rejoindre ses amis qui nous conduisent vers la promenade le long de la plage. J’en profite pour discuter et pousser l’indiscrétion sur les mœurs indiennes et la notion de relation notamment le mariage arrangé.
1h30, on s’affale sur nos matelas imprégnés d’une odeur de rance à laquelle on ne s’habitue toujours pas.

Le lendemain, Meet part bosser très tôt. Nous déjeunons avec ses amis qui ont préparé un délicieux repas et dans une ambiance bon enfant. Je crois que se qui me manquera sera l’usage de ma main droite (sacrée) pour apporter les aliments à ma bouche. Finalement, j’ai pris conscience que les plats n’ont pas la même saveur lorsqu’on enfourche la nourriture, le contact dermique exalte les saveurs. Bhavna s’est aussi jointe à nous, elle est actrice à Mumbai mais fait beaucoup de déplacement notamment aux US et au Canada. C’est la première personne indienne rencontrée que l’on comprend aussi bien. Elle nous parle pendant un long moment de ses déceptions amoureuses et de la pression de ses parents pour la pousser à se marier. Elle  est très sympa, ouverte, émancipée, très loin de l’indienne « ordinaire ». C’est du aux contacts fréquents de la vie occidentale lors de ses déplacements pro à l’étranger. 



On passe un super moment à déguster du thé Chai et des biscuits « p’tit cœur » (oui ! les mêmes qu’en France), papoter, regarder un film.. Meet me fait bien rire en me demandant le mode d’emploi détaillé du French kiss, j’ai changé de sujet avant qu’il n’exige une démo.  

Nous rentrons, Meet semble énervé après ses amis, ils se disputent en Hindi du coup il nous emmène diner dehors, direction « Banana Leaf ». Je commande un plat de riz avec légumes en sauce en précisant bien en Hindi que je ne veux pas d’épices : No mesala ! Je crois que la prochaine fois je demanderais un plat épicé pour que ma requête soit enfin comprise. Du coup je n’ai quasiment pas touché à mes légumes, une seule bouchée m’avait littéralement enflammé le gosier. Je me contente d’un plat de riz nature. Il est déjà 23h, Meet commence à 6h30 demain, on repart chez lui. La capoeira bat toujours son plein à notre retour à l’appart. Je discute un bon moment avec un des amis qui a passé 5 ans en Espagne et 10 ans aux US, c’est toujours très intéressant d’avoir les retours de ce genre d’expériences lorsqu’il s’agit de cultures aussi contrastées.

De retour, Meet nous motivera finalement pour aller faire un tour au « Mall infinity », sorte de grand centre commercial où nous nous ravitaillons en tablettes de chocolat. On avale une assiette de riz fris puis partons rejoindre Bahvna chez elle pour la pause thé. La course en rickshaw est une fois de plus un calvaire, on traverse un bidonville en enchainant des crevasses pleines de boue, ah le chaos de Mumbai, ça ne m’avait pas manqué. L’appart de Bhavna est très propre et cerise sur le gâteau, il y a du PQ dans les toilettes!! J’imagine que c’est la première fois qu’on voit ça chez des particuliers.

Pas très motivés pour affronter la jungle de Mumbai, nous passons l’apres-midi à buller dans notre nouveau cocon avec nos nouveaux amis en les filmant en train de danser la Capoeira, ils nous apprennent quelques figures, mais la souplesse indienne est un avantage indéniable.
On mate quelques minutes de « you think you can dance » à la sauce curry tout en papotant, un des colocs qui est Sikh nous explique qu’il respecte la tradition et ne s’est donc jamais coupé les cheveux, il en 24 aujourd’hui. Il les attache en chignon juste au dessus du front, c’est particulier. En fait, l’histoire anecdotique c’est que lorsque le Pakistan faisait partie des Indes, les musulmans voulaient convertir les Sikhs à l’Islam et ont menacé de les ébouillanter dans de l’huile si ces derniers refusaient de couper leurs cheveux. Ils n’ont pas cédé. Depuis, en hommage à leurs ancêtres victimes, les Sikhs déclinent le coup de ciseaux.

Dernière journée à Mumbai. 6h30 nous faisons un dernier au-revoir à Meet, il est triste et nous aussi, il a été super avec nous. On passe la  journée dans l’appart avec les colocs, on écrit, trie les photos, buvons du thé Chai, dégustons le délicieux déjeuner qu’on nous a préparé. On est aux anges. Ceci dit, je ne suis pas tentée par le lait de buffle.
Le soir, nous remercions et quittons nos hôtes, une fois de plus leur hospitalité et générosité sans limite nous a touché. Notre séjour en Inde s’achève sur une note très positive, dire qu’il y a quelques jours, la rancœur me rongeait et je prévoyais déjà d’arroser notre départ définitif de l’Inde avec du champagne. Les dernières 48h dans notre petit cocon a été un vrai baume pour le cœur. Y reviendrais-je un jour ? je ne pense pas, mais qui sait avec le recul, la question reste en suspend..
Il est temps de tourner une nouvelle page, direction la Thaïlande que j’ai hâte de découvrir.

Le bilan après un mois en Inde :
4 semaines en Inde, c’était peut être trop ambitieux. Je n’ai pas su m’adapter, garder mon sang froid au quotidien et tout simplement apprivoiser ce pays. Les indiens sont déroutants : un sourire, une arnaque, une incompréhension, un fou rire, un pétage de plomb, l’Inde et ses paradoxes. Elle nous aimante et nous rejette. Visiter l’Inde c’est une sorte de danse continuelle avec les émotions, il faut trouver sa place, si on s’approche trop près du soleil, on se brule les yeux, si on s’en éloigne trop, les couleurs deviennent fades et insipides.
J’imagine que ces contraintes font partie du voyage lorsqu’on veut qu’il se déroule dans des conditions rudimentaires, à la roots, nous mettant le plus en contact avec la population locale. Malgré tout, on conserve l’étiquette de l’occident backpacker empruntant bus locaux et trains pour les longues distances (en évitant la 1ère classe quand même).
L’Inde rendrait-elle fou ? Une chose est sure, l’Inde nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et transforme en profondeur notre vision du monde. Le choc culturel qui donne le vertige à l’occidental.. On perd ses repères en Inde, on ne sait pas comment l’appréhender, on s’interroge même sur la manière d’imposer ses propres valeurs. L’occidental vacille sur le socle de ses certitudes.
Parfois, les nerfs à vif, je m'en voulais de traiter les Indiens avec un mépris digne du colonialisme victorien. Je remercie mon mp3 d'avoir été un vrai sédatif pour tous mes moments d'hystérie.
Je crois que ce qui aura été le plus difficile pour moi outre les sollicitations incessantes, la chaleur suffocante, la pollution, la misère, les odeurs infectes et le vacarme sans limite, restera le regard des Indiens sur moi. Ici on n’est pas seulement regardé, on est scrutés, observés, littéralement déshabillés du regard. On a l’impression d’être à la fois adulé comme une star et prendre des allures d’extraterrestre ou bête curieuse.
Ici la route est le supplice qu'il faut endurer pour atteindre le prochain lieu de visite mais j'ai compris qu'il ne faut pas considérer le voyage comme un moyen d'aller d'un point à l'autre, il faut voir la route comme une manière d'être.
L'Inde m'aura aussi initiée au marchandage, une des meilleures écoles pour faire ses preuves. Finalement, ici le commerce n'est rien qu'un emballage plastique de supermarché autour de la riche histoire de l'Inde. Après tout, ce pays a été envahi tant de fois, mais il a toujours su préserver sa culture. Le capitalisme est le dernier envahisseur en date et quand cet ennemi aura été vaincu comme les précédents, on retrouvera le même peuple mystique autochtone. Le côté mystique était ce que je m'attendais à toucher du doigt ici mais en vain... Peut être que le capitalisme ne disparaitra pas comme les autres envahisseurs. L'Inde a peut être déjà perdu la guerre, c'est son côté mystique qui est en train de mourir.

Alors je sais qu'à l'écriture de ces dernières semaines je n'ai pas été tendre dans mes propos mais à ma décharge, j'ai vraiment tenu à être sincère sur ce que j'éprouvais au contact des différentes facettes de l'Inde même si je n'y suis pas aller avec le dos de la cuillère. Je crois que l'axiome qui dit que l'Inde on l'adore ou on la déteste est assez juste. Difficile de maintenir un barycentre ici à moins peut être de s'isoler dans un ashram. Je dois aussi avouer que sans la présence de Rémi et les CSurfers, j'aurais capitulé au bout de 3 jours.
On ne ressort pas indemne d’un voyage en Inde. Je me demande comment j'aurais vécu un retour direct en France si je n'avais pas eu l'opportunité de continuer le voyage vers d'autres lieux exotiques.
Est ce que je reviendrais en Inde? je ne pense pas ou du moins pas avant un long moment.
Namasté!

dimanche 19 septembre 2010

3eme semaine : du choc de l’Inde à l’épreuve de l’Inde



18h de train plus tard, nous arrivons enfin à Agra à 11h. Malgré le confort primaire et l’atmosphère putride, la nuit s’est bien passée.

Nous grimpons dans un rickshaw pour rallier l’hôtel que nous avions listé la veille, comme d’habitude, le chauffeur tente de nous diriger vers l’hôtel de son « cousin ». Je réussis à négocier une chambre avec la « clim indienne ». Une sieste plus tard, le chauffeur de rickshaw nous récupère pour aller visiter la ville : le fort rouge, le petit Taj Mahal, plusieurs jardins. Le temps est couvert mais l’architecture coloniale est impressionnante.





On ne tarde pas à se coucher car demain le lever est prévu à 5h30 pour enfin admirer le lever de soleil sur le Taj Mahal.

La nuit a été courte, je n’ai pas réussi à trouver le sommeil. Notre hôtel est à proximité de l’entrée sud du Taj Mahal et pour nous ravir, la file d’attente est quasiment inexistante. Pour info, le prix du billet est de 30 Rps pour un autochtone alors qu’un touriste paie 20 fois ce prix (750 Rps soit 10€). Le Taj Mahal nous a toujours fait rêver. Nous allons enfin le voir de nos propres yeux !!!
Après une inspection corporelle, nous pénétrons enfin dans l’enceinte du lieu mythique. Nous passons la gigantesque porte et découvrons à travers une voute le splendide Taj Mahal. Il nous apparait tel un mirage. C’est vraiment grandiose ! Pour la petite histoire, cet édifice a été imaginé par l’empereur mongol Shâh Jahân en mémoire à son épouse décédée alors qu’elle donnait naissance à leur 14ème enfant. Imposant de par sa taille, son fabuleux marbre blanc et la finesse du travail effectué tout autour et à l’intérieur du bâtiment, le Taj Mahal ne peut laisser indifférent.




Il y a bien sûr beaucoup de touristes mais à ma grande surprise, ce sont plus que majoritairement des indiens en vacances. L’ambiance est conviviale. Les indiens sont très curieux de nous parler et de nous prendre avec eux en photo comme à l’accoutumée. 





Nous rentrons à l’hôtel via une petite rue jonchée d’immondices et sommes pris d’assaut par des gamins qui nous sollicitent de manière insistante et vont même jusqu'à nous bombarder de projectiles avec tout ce qu’ils trouvent par terre. Sales gosses ! Ils doivent être lassés de voir quotidiennement tout ce flux de touristes.
En quittant l’hôtel, le gérant nous recommande fortement de nous rendre à Bharatpur, nous prenons un bus sans nom, délabré jusqu’à la moelle, un truc digne des années 30 qui nous mène au premier village. Nous avalons un déjeuner rapide puis partons explorer les lieux. Nous déambulons dans les petites rues du village. Sur sa petite charrette, un indien vend des trucs à manger mais il y tellement de mouches dessus qu’on ne peut rien voir!


On se fait immédiatement accosté par 2 gamins qui veulent absolument jouer les guides et nous déballent tout ce qu’ils savent en français ou espagnol. On n’arrivera pas à s’en débarrasser, ils nous collent aux talons et insistent pour que nous achetions des petites figurines en terre cuite. Après un don de quelques Rps, ils se décident enfin à nous laisser tranquille en haut de la gigantesque mosquée qui surplombe Fatepur Sikri. Je crois que le spectacle le plus fascinant aura été de voir un gamin encouragé par tous ses copains, plonger dans un bouillon de culture, similaire à ce qu’on peut voir dans les dessins animés avec les grosses bulles au milieu de la vase de 5 cm. J’ai filmé la scène tellement j’étais choquée, leur système immunitaire doit être infaillible.






On monte dans le bus tout aussi pourri que le précédent et quasiment vide, direction Bharatpur et là commence un vrai moment d’hystérie. 3 mecs sont montés dans le bus et ne peuvent s’empêcher de me mater sans baisser le regard une seule fois, j’ai beau les fixer, mais c’est inefficace. Apres un bon moment, plus que lassée, je monte le ton et les insultes vont crescendo mais ça ne fait qu’amplifier leurs rires et attiser mes nerfs. Choc culturel, visiblement, les marques de respect sont différentes. Le trajet est assez éprouvant, la chaleur est intenable dans le bus qui est bondé, la route toujours aussi défoncée et en plus on nous fait payé une place de plus à cause de notre sac à dos, quelles pompes à fric ces gens!
A la descente du bus, on se retrouve dans un village digne du far West du 19eme siècle, les gens ne cessent de nous dévisager. On n’est pas inspirés par les lieux et on décide repartir sur le champ. Je crois que ma crise de nerfs était probablement un signe, on aurait du retourner à Agra directement. Au guichet de bus, on ne cesse de nous doubler, on doit se démener en jouant des coudes mais les indiens ne respectent même pas les règles minimums dans les files d’attente. Putain mais d’où il sort ce terme de file indienne ?! Je pique encore une crise qui frise l’hystérie, j’insulte tous azimuts en jurant de ne plus jamais remettre les pieds dans ce pays. Rémi est assez médusé et essaie de calmer le jeu. Le bus pour notre retour vers Agra s’apparente à une véritable bétaillère, nous sommes entassés comme des poulets à l’arrière. Certains ne peuvent même pas s’asseoir normalement, en position précaire entre nos jambes et la tête coincée sous la bâche, ou debout sur le pare-chocs arrière. 1 heure comme ça sur une piste passablement défoncée, dans une atmosphère irrespirable frisant les 45°C, je dégouline de tous mes pores. A la limite du tenable et proche de la syncope, nous quittons enfin l’enfer de cette bétaillère avant de poser le pied par terre et d’être pris d’assaut par une ode de chauffeurs de Rickshaws qui s’abat sur nous. J’atteints mes limites, ce pays est décidemment épuisant! Je ne supporte plus les gens, ils me donnent la nausée, on a vraiment le sentiment de n’être que des billets de banque ambulants à leur yeux, c’est décevant. Il faut pourtant rejoindre New Dehli ce soir et encore une fois un conducteur de rickshaw essaie de nous embobiner en nous incitant à prendre le bus plutôt que le train, les ordinateurs pour imprimer les billets étant hors service le dimanche, pas crédible. Il nous emmène dans une agence de voyage pour acheter les billets de bus, il se prend sa com’ au passage et ne respecte pas le deal et nous rackette encore pour la course vers le bus. Le bougre s’énerve quand nous descendons sans payer et je lui fais comprendre qu’il faut qu’il arrête ses pratiques malhonnêtes, il lâche l’affaire en vociférant. Visiblement il n’a jamais eu affaire à une femme qui osait monter le ton. C’est dingue qu’il faille sans arrêt se battre pour rendre justice.
A certains moments et pour la première fois, j’envie presque les adeptes de voyages organisés qui se laissent flotter au gré des visites guidées et retournent dans leur hôtel bien douillé le soir.
On grimpe dans le bus très kitch pour Dehli, j’ai besoin de me décharger de tout le stress accumulé en lâchant quelques larmes en écoutant mes mp3, ce n’est pas la première fois…
Le trajet parait interminable, le chauffeur prend la liberté de s’arrêter toutes les 30 min, souvent pour se taper la discute avec des gens au bord de la route et pour que des passagers fassent quelques emplettes ou même dans un restau de bord de route pour diner. C’est quoi ce service ? Un couple du Bengladesh se joint à nos complaintes et nous explique que eux aussi ont du payer le tarif touriste alors que leur pays est loin d’être des plus développés. Le bus n’est décidemment pas la bonne option !
Vers minuit, nous arrivons enfin à Dehli, l’essaim de racketeurs est toujours fidèle au poste à notre descente et épuisés nous optons pour un gamin qui ne doit avoir environ 12 ans, de nuit et vu notre état de fatigue c’est difficile à dire. Il ne s’empêche pas pour tripler le prix de la course, une embrouille de plus. Un autre chauffeur à l’air plus honnête nous harponne et nous emmène dans un hôtel qu’il connait. Quelques rues immondes et défoncées plus tard, on s’effondre sur nos lits dont la literie est dégueulace mais épuisés, on est peu regardants.
Ce matin je souffre d’un mal de gorge, l’odeur de rance est très forte. Je vais prendre une douche avant de me rendre compte qu’il n’y a pas d’eau. Encore une journée qui débute sous les meilleurs hospices. On rassemble nos affaires fissa et quittons cet hôtel miteux. Une fois de plus, c’est à coup de joutes verbales que nous obtiendrons le remboursement des nuits préalablement payées. Ces escrocs restent médusés face à mon attitude, eux aussi n’ont pas l’habitude de voir une femme hausser le ton.
Nous partons alors à la recherche d’un autre hôtel plus salubre. Les rues que nous traversons sont dans un état indescriptible, on slalome autour des monticules d’immondices, des rats qui se baladent partout, des gamins au visage sale, les mouches qui nous encerclent et de la poussière encore et toujours, une véritable décharge à ciel ouvert. Le tout fermente sous un mercure dépassant les 40°C. Malgré la chaleur, les chaussures fermées sont fortement recommandées. Dégoutés, on franchit la porte d’un hôtel plutôt confortable et après quelques minutes de marchandage, on négocie une belle chambre avec A/C pour 1600 Rps, une super affaire selon le proprio francophile. Nous déposons nos affaires et partons déjeuner sur Caunnough Place, un grand rond point où se regroupent plusieurs boutiques et restaurants (chics pour la plupart). On s’octroie un bon repas dans un restau de choix mais Rémi n’est visiblement pas dans son assiette. Je contacte un CSurfer qui s’est proposé de jouer les guides, et cerise sur le gâteau la visite se fera en voiture. Gurdeep n’est pas très bavard et ne semble pas comprendre notre anglais, nous ne me comprenons pas non plus, bref un véritable discours de sourds. Nous visitons l’ersatz des Champs Elysées, la porte de l’Inde érigée en hommage aux 85.000 soldats indiens tombés au combat dans les armées anglaises.




Petite pause dans un café à l’ambassade d’Italie dont notre guide est membre. A l’entrée, la voiture est passée au peigne fin, nos passeports analysés, les vigiles ne rigolent pas. Je déguste un thé vert au jasmin, ce café est très sympa même si l’atmosphère est européenne, en plus il y a du wifi!! Nous partons à la gare acheter nos billets de train pour demain vers Amritsar toujours escortés de notre guide. L’avantage c’est que sa présence nous fera gagner une bonne heure d’attente, il se charge de réserver les billets pour nous et trouve des places alors que le train est bondé J. Rémi étant toujours flagada, nous rentrons à l’hôtel et nous endormons âpres avoir maté le film de Polanski Rosemary’s baby.
Je n’ai pas bien dormi, c’est peut être le film creepy de la veille, on glandouille dans la chambre jusqu’au check out à midi. Rémi semble aller un peu mieux. Au moment de quitter l’hôtel, un des employés nous demande de payer pour une nuit supplémentaire car nous avions fait le check in à 10h20 la veille, alors que l’heure du check in n’est nullement spécifiée. Décidemment, il faut mener un combat quotidien dans ce pays pour ne pas se faire dépouiller. Je demande à parler à son supérieur qui remballe l’employé et s’excuse tout en insistant que je lui donne mon facebook, numéro de tel, etc… Puis quoi encore ?!
On quitte les lieux et après 10’ de rickshaw chargés de nos sacs et littéralement affamés, nous essayons le Mc Do indien. Comme tout lieu issu de corporation occidentale, on nous ouvre la porte et nous souhaite la bienvenue. Ces marques d’attention pour un fast-food, ne cessera de m’étonner, le paradoxe à l’état pur. Je dois avouer que les burgers végétariens sont plutôt bons et le pain est beaucoup moins épais. Rassasiés, nous partons vers le temple du lotus, une sorte de copie du théâtre de Sydney. C’est un temple Bahaï qui représente un groupe islamique fondé en Iran. Je ne suis pas fan de l’architecture. Pour la Nième fois, les gens se figent comme des statues en me voyant, ils me déshabillent du regard sous toutes les coutures, les regards insistants pèsent de plus en plus sur mes nerfs, je rentre dans leur jeu et les mitraillent à mon tour, surtout ne pas détourner le regard, déstabilisés, ils capitulent, je savoure ma petite victoire. Même une gamine ne peut s’empêcher de déloger son regard sur moi sur toute l’allée menant à l’entrée du temple. J’ai vraiment l’impression d’être une bête de cirque. Hommes et femmes s’alignent dans 2 files séparées et après s’être déchaussés, on pénètre enfin dans l’enceinte du temple. Rien de transcendant à l’intérieur, l’ambiance est équivalent celle d’une église chrétienne et les sermons sont en Hindi.
 





Petite pause dans le parc du temple avant de se rendre à la gare pour prendre notre train vers Amritsar. Le lieu est très touristique et je dois dire que c’est vraiment tordant et pathétique à la fois d’observer le comportement des indiens, le summum étant le passage de 3 filles blondes qui se font littéralement mitraillées du regard par 2 indiens. Ils se croisent puis les 2 indiens se retournent une fois de plus pour se rincer l’œil une dernière fois. Et rebelote ils en remettent une couche lors du passage d’une autre occidentale. C’est pathétique. D’après les explications que j’ai pu recueillir, la raison de ce reluquage intempestif se situe dans le fait qu’aux yeux des indiens, les occidentaux sont très exotiques et très beaux. D’autre part, l’image de la fille occidentale correspond aussi à l’icône typique des films pornos, ce qui n’arrange pas notre réputation.
A notre sortie du parc, comme d’hab les rickshaws se jettent sur nous avec les mêmes questions : « Rickshaw my friend », « which country ?», « are you married ? »… Apres s’être une fois de plus bagarré pour trouver un rickshaw qui accepte d’enclencher son compteur métrique, on entame une course de 30 minutes à zigzaguer entre les chiens, les vaches, les gens, dans un cocktail de pollution, poussière et concert de décibels de klaxons   pour rejoindre la gare. L’Inde, vrai kaléidoscope d’images et d’impacts sensoriels. En attendant notre train, un indien tient le crachoir à Rémi et il a du mal à s’en débarrasser. 19h : nous prenons place dans le wagon couchette, 2 mecs imperturbables ne cessent de nous mater jusqu’à ce que nous décidions de rejoindre nos banquettes et nous coucher. Les arrêts de train s’enchainent et les relans d’odeur de pisse, excréments et autres déjections, c’est tellement infect que ça me sort de mon sommeil. Tous nos sens sont sollicités, aux odeurs se mêle le spectacle visuel, nous assistons malgré nous à un défilé de culs dénudés qui délestent leur intestin sur le bord de la voie ferrée. Voyager à bord des trains indiens, ça forge le caractère.
6h30, nous débarquons à Amritsar, la ville frontière avec le Pakistan. Rémi n’est vraiment pas en forme, il s’est vidé toute la nuit, il n’échappe pas une tourista. Difficile pour l’organisme de gérer ses énergies de la même façon surtout lorsqu’il fait 40°C avec un degré d’humidité de 80%. On attend jusqu’à 7h avant de contacter notre hôte CSurfer Jolly, un peu embarrassés de le déranger si tôt, on le prend un peu de court mais il accepte de nous accueillir maintenant. En raccrochant le téléphone public de la gare, le gars essaie de me faire payer le double de la communication, en vain, je ne me laisse plus plumer.
En sortant de la gare, c’est une ode de rickshaws qui s’agglutinent autour de nous et vocifèrent à coups de « hello where you go ? », « cheap, cheap », si tôt le matin alors qu’on a très mal dormi dans les conditions précaires du train, nos nerfs sont mis à rude épreuve. Petit à petit, on a pourtant appris à rembarrer poliment ou ignorer efficacement tous ces mendiants adhésifs. Rémi se retient tant que mal de gerber, malgré les soubresauts de la route menant à notre hôte qui habité près de l’aéroport.  Le rickshaw nous dépose devant une résidence privée surveillée et nous demande 150 Rps, je lui en donne 90 et il commence à s’emporter, me demandant même d’appeler Jolly qui me conseille de lui en donner 100. Je crois avoir enfin trouvé un moyen de jauger le degré d’arnaque, le baromètre du tarif juste sera proportionnel au degré d’énervement du conducteur. Je commence à me prendre au jeu ;-) On s’approche de la maison qui de l’extérieur nous semble déjà assez cossue, nous sommes accueillis par Jolly en pyjama qui porte un turban sur la tête ainsi qu’un autre autour du visage, comme un œuf de Pâques. Je pense naïvement qu’il a surement une rage de dent avant de comprendre plus tard que c’est une sorte de conditionneur pour maintenir sa longue barbe dans une esthétique harmonieuse. L’intérieur est magnifique, tout est fait de marbre blanc, y compris les escaliers et sur 2 étages. Visiblement on a atterri chez une famille de Sicks très aisée. J’explique à Jolly que Rémi est malade et il nous invite à nous reposer dans la chambre d’amis. Quel bonheur de découvrir un lit en 160 (avec la tête de lit) et une salle de bain privée (équipée de WC occidentaux), on est au paradis ! On a beaucoup de mal à se comprendre en anglais. Les quelques bouchées que Rémi avale ne resteront pas longtemps dans son estomac. Nos hôtes partent diner chez des amis et nous remontons dans notre chambre. Leurs enfants, une fille de 13 ans et un fils de 10 ans dont les cheveux n’ont jamais été coupés par tradition fait un boucan du diable en tapant sur des bols en inox avec des cuillères, la TV est allumée à plein volume alors que le grand père essaie de dormir. La notion de respect n’est pas de rigueur. Le typique enfant roi !




L’état de santé de Rémi ne s’améliore pas, au contraire, il divague et me dit souffrir de sortes de dépressions dans l’oreille droite. On décide de quitter les lieux et rentrer chez nos hôtes. A la sortie du temple, on récupère nos chaussures et je rigole un bon moment lorsque en me servant du tissus orange pour essuyer la boue séchée de mes pieds, une indienne m’interrompt violemment en criant « don’t do that! This is sacred » Euh…ok. Elle a du me prendre pour une occidentale arrogante, pouvais pas savoir. On ne fait pas 500m avant que Rémi ne régurgite son repas, tout en se contorsionnant pour soit disant dépressuriser ses tympans, c’est très étrange. L’avantage c’est qu’on ne se fait pas harceler dans la rue. Je me bagarre encore pour payer une course en rickshaw au tarif local, à force je prends la main et sa porte ses fruits. Rémi dormira tout l’après-midi et de mon côté j’en profite pour écrire un peu et répondre aux emails, il y a du wifi ici :) . Je commence un peu à flipper en regardant les news sur le net, apparemment il y a une recrudescence d’encéphalites japonaises dans la région d’Amritsar. Niveau piqures de moustiques, on a été gâtés.. Nous descendons diner en entamant un bout de conversation avec Jolly qui reste orientée vers la bouffe et visiblement
Après quelques heures de sommeil salvateur, enfin perturbé par un petit incident, un vieil homme, le grand-père, s’est avancé dans la chambre et en me levant pour le saluer, il a tenté de m’embrasser sur la bouche, ça commence bien, mais c’est quoi leur problème à ces mâles indiens ? Nous descendons faire connaissance avec nos hôtes. On prend place sur les sofas, c’est tellement rare en Inde et aussitôt Jolly claque des mains et ordonne à sa femme de nous préparer quelque chose à manger. Situation très embarrassante, j’ai beau dire que nous n’avions pas faim mais en vain. Les conversations sont assez limitées, les réponses à mes questions restent brèves, dur d’alimenter les discussions. Après un très bon repas fait de thé Chai, chappattis et légumes pas trop épicés, Jolly nous dépose en ville dans sa grosse berline, direction le Golden Temple. Il y a déjà une longue file d’attente devant le temple souhaitant faire l’offrande au dieu Krishna d’autant plus qu’aujourd’hui on célèbre son anniversaire. On doit se déchausser et je suis obligée de couvrir mes cheveux d’un tissu orange que je noue en mode guerrier. A l’intérieur, on se joint à la marche très lente autour du bassin, on se fait reluquer comme d’hab et me prend la tête avec des mecs qui prennent encore des photos à mon insu.

Le lendemain, Rémi va beaucoup mieux, ses cataclysmes intestinaux semblent appartenir au passé, pourvu que ça dure. En revanche, c’est moi qui écope d’un rhume carabiné, je n’ai quasiment pas fermé l’œil de la nuit. Un monticule de mouchoirs s’est accumulé sur le lit. De toute façon, aujourd’hui, on a décidé de se faire une journée glandouille pour recharger les batteries. On est un peu embarrassés de rester isolés sans vraiment interagir avec nos hôtes. En plus la femme de Jolly est au petits oignons avec nous, toutes les 4h, nous dégustons de délicieux mets indiens, on enchaine thé chai et chappattis. On est servis comme des rois. Plus tard, dans la soirée, on l’accompagne faire des courses avec les enfants. C’est la première fois que l’on voit une femme indienne conduire, l’ambiance est au top dans la voiture. Les enfants sont vraiment marrants, surtout le garçon, il nous a même fait une démo de danse digne des films bollywoodiens. Nous continuons de marcher un peu de nuit dans la ville en compagnie de notre petite famille. Au hasard des rues, nous tombons sur des cérémonies hindouistes : milliers d'offrandes aux multiples couleurs, sons de cloches répétitifs et interminables. On se prend au jeu, honorons les divinités avec des offrandes et je repars le front arborant la tikka (point rouge au niveau du 3ème œil).
On rentre à la « maison » avec un stock de tablettes de chocolat pour palier au manque de magnésium et…parce que ça nous manquait trop !
Jolly et ses amis sont déjà bien entamé l’apéro, on nous tend des verres de whisky, l’alcool étant le meilleur remède pour nous remettre d’aplomb selon le patriarche de la maison, on est loin des concepts de la philosophie hindouiste. Il me force la main pour un second round, le bougre! Selon ses dires, c’est un verre d’alcool pour l’ennemi et 2 verres pour l’ami, pff, faudra trouver autre chose. J’ai décidément peu d’affinités avec ce type, la veille il m’a posé pas mal de questions du genre « est ce que c’est vrai qu’on peut voir des femmes nus sur la plage en France ? », il voulait aussi savoir si je vivais seule, si j’avais un copain et s’il pouvait venir passer quelques jours chez moi. Il prévoit de partir voyager en Europe tout seul, sans sa famille.
Jolly étant parti vider quelques bouteilles avec ses amis, son fils monte dans notre chambre et me demande de bien vouloir ouvrir la porte à son père lorsqu’il rentrera, si je suis toujours éveillée. C’est quoi ce plan foireux, comme s’il n’avait pas les moyens de faire un double des clés. Tard dans la nuit, la bête est de retour, après avoir abusé de la sonnette et tambouriné à la porte, quelqu’un daigne aller lui ouvrir. Quelques minutes plus tard, j’aperçois dans la pénombre du couloir éclairé pas la plaine lune, la silhouette de Jolly s’approchait de notre lit. Je me redresse et pousse un cri. Effrayé il tourne les talons. Quel pervers!   
Ce mec me débecte, il a la 40aine et un bide très proéminant, d’ailleurs en Inde on peut évaluer la classe sociale d’une personne selon le volume de sa bedaine, c’est une valeur sure.

mercredi 8 septembre 2010

2ème semaine : le corps lâche



Ce matin nous devons rentrer à Ahmedabad, on été censés partir en bus mais finalement Bhavin décide d’emprunter la voiture de ses parents. Je ne sais pas s’il a galéré pour négocier le prêt mais le fait est que nous sommes pris en otage dans une grosse dispute entre Bhavin et sa mère, le pauvre est en larme. C’est toujours embarassant ce genre de situation et c’est la première fois en 3 jours qu’on entend la mère de Bhavin s’exprimer, elle qui était plongée dans un mutisme ces derniers jours. Finalement, Bhavin fais volte face et nous partons precipitamment, on a à peine le temps de dire au revoir aux parents. Dommage que ça se termine comme ça.
C’est parti pour 250km tout aussi épiques que ceux des derniers jours : slaloms pour éviter vaches et moutons, franchissements de ruisseaux… Nous nous arretons pour visiter un dernier temple dédié à Krishna, sa statue est énorme et tout est recouvert de marbre du sol au plafond.
A peine arrivés à Ahmedabad, dans la soirée, nous posons nos sacs et partons rejoindre les amis de Bhavin pour assister à une projection de courts-métrages indiens puis on part tous ensemble déjeuner chez Mickael avec qui on avait bien sympathisé il y a quelques jours. Son appart a des allures très européennes, il y a même 2 sofa, j’ai encore jamais vu ça en Inde. En même temps Mickael possède des origines britanniques et il est chrétien d’où l’influence occidentale. Un étudiant allemand se joint à nous, il vit ici depuis 6 mois et s’éclate, c’est un féru de bouffe indienne, il m’épate. Je suis ravie de la soirée, bonne ambiance, bonne compagnie et surtout j’ai enfin pu me goinfrer de nourriture mangeable, une très bonne purée de gingembre sans oublier le vin. Ca faisait un bail. Il est temps de quitter nos nouveaux amis et de rentrer car demain nous partons vers Udeipur.
Le lendemain debout à 8h, je suis motivée pour partir vers notre prochaine destination mais apparemment ce n’est pas le cas de Bhavin qui ne semble pas vouloir se lever, il sait pourtant qu’on ne veut pas louper le bus qui part en fin de matinée et a insisté la veille pour nous conduire à l’arrêt de bus. On dirait presque qu’il fait tout pour nous retenir. Finalement c’est un petit coup de gueule entre Rémi et moi qui le tirera de son lit, enfin du sol. Je suis pas très fière mais au moins cette petite dispute s’est révélée fructueuse.
Nous réservons un billet dans un bus Volvo, apparemment ce sont les meilleurs en Inde, ils évitent de se fracasser la tête contre le toit à chaque passage dans un nid de poule. On s’arrete dejeuner dans une pizzeria, toujours aussi dégueu et il est déjà temps de partir. Un dernier au revoir à Bhavin, qui semble bien triste, et Michael qui s’est aussi déplacé et nous voila partis pour la ville blanche.


Après 5 heures de bus, nous arrivons à Udaipur au crépuscule, nous sautons dans un rickshaw dont le conducteur tres enthousiaste nous vantent les mérites de la plus belle ville indienne selon lui. Le contraste avec les villes visitées precedemment est assez saisissant. Fini les grandes avenues congestionnées, les klaxons incessants qui agressent tellement les tympans, Udaipur surnomée la « Venise de l’Orient » est plus bucolique, avec ses ponts en pierre, ses maisons bigorées et ses lacs. 





Le premier hostel que j’avais repéré etant plein à craquer, nous devons nous rabattre sur un hostel que nous recommande gracieusement notre chauffeur puisqu’il appartient soit disant à son cousin. Il faut savoir qu’en Inde on ne dit pas amis ou potes mais cousins. Selon ses dires, c’est le meilleur hotel de la ville, nous optons pour la chambre nommée « palace », mais visiblement elle n’en possède que le nom. Alors ok, la vue sur le lac est imprenable, on peut admirer toutes les petites bicoques éclairées dans la nuit. En revanche, la sdb laisse vraiment à désirer, les toilettes sont crades et rudimentaires mais ça fera l’affaire pour cette nuit.

La chambre "palace"
Le lendemain, nous faisons un petit tour des lieux avant de rester subjugué par l’hôtel d’en face, façade faite de marbre ornée de fines décorations, nous sommes littéralement éblouis par cet édifice immaculé par le puissant soleil, on ne tergiverse pas plus longtemps et poussonsla porte. Le lobby affiche tout de suite la couleur, on tape dans le luxe. Le réceptionniste a l’air un peu médusé lorsqu’il nous voit ramené nos gros sacs à dos avec les tapis de sol déjà bien usés.   On nous fait visiter quelques chambres et prise d’un élan d’émotion, je suis aux bords des larmes en apercevant une baignoire immaculée et un pommeau de douche, réminiscence de mon cocon occidental, je suis aux anges. Je ne suis pourtant pas fan de ce genre d’etablissement mais après les 2 semaines passées dans des conditions très minimales, j’avoue qu’un peu de confort n’est pas un luxe. On reste raisonnable, on opte pour la chambre à 50 € tres confortable.



retour momentané vers le confort
















On se sent tout de suite immergés dans une autre ambiance, ici les employés ne
lésinent pas sur les marques de politesse, ils nous affublent de Monsieur/Madame 10 fois dans la même phrase, on ne rechigne pas sur la clim mais il semble que les rapports humains ont aussi pris un coup de froid.
Nous rejoignons notre chauffeur de rickshaw de la veille, Jamal, qui nous attend pour une visite guidée de la ville. Tres sympa et plutôt fier de nous montrer son guest book avec les commentaires des touristes français qu’il nous demande de traduire. Nous arrivons sur le promontoire d’un grand jardin d’où la vue sur le lac Pichola et le City Palace est imprenable, celui la même qui a été rendu célèbre grace à la pub de Schweppes. On enchaine avec un autre jardin abritant les ruines d’une batisse dont les fenêtres naturelles donnent sur le lac couleur émeraude. C’est magnifique.





Changement de décor avec le cénotaphe (lieu de crémation) et le sanctuaire qui regroupe les tombes de plusieurs Maharaja. 



 Notre chauffeur étant evidemment commissioné, il tient à nous amener visiter (et par la même faire chauffer la carte de crédit) l’usine de textile artisanale. Nous avons droit à toute une démonstration bien rodée des techniques utilisées pour imprimer les motifs sur les textiles. On nous assure que tout est fait main et exclusivement par des femmes, les hommes étant relégués au rôle de commerçant, beaucoup moins épuisant en effet. Le travail est soigné et les tissus de bonne qualité alors on se laisse tentés par quelques tentures, housses de coussin et autre châle.
Jamal ne manque pas de conversation, il nous bombarde de questions et reste sidéré lorsqu’on lui apprend que nous ne sommes pas mariés, c’est inconcevable pour lui à notre âge. Il nous raconte aussi toutes ses histoires « pseudo-inventées » avec des touristes occidentales. Il nous explique avec un brin de fierté s’être fait entretenir pendant un an par une anglaise tombée raide dingue de lui.

Pour la pause déjeuner, on est conduit dans un restau où l’on s’empresse de nous dresser une table sur la terrasse, visiblement nous sommes les seuls clients et le traitement qu’on nous accorde est digne des plus grands rois, c’est un peu embarrassant mais bizarrement on s’y fait vite ;-) Le repas est à la hauteur du service, délicieux. 

Toujours en mode business, notre guide nous dépose dans une sorte d’atelier d’Art où 2 artistes nous décrivent leur travail tout en nous bombardant de questions sur nos vies. Un des 2 est se montre assez provocateur et suffisant. Il nous présente ensuite à son enseignant qui ne se gênera pas pour me draguer lourdement tout en nous forçant la main pour acheter leurs productions dont les détails et la minutie sont assez impressionants. En bons touristes nous repartons avec 2 peintures sur soie et 2 grains de riz gravés de nos prénoms.
Epuisés, nous rentrons dans notre bulle 3 étoiles. On mate un film avant de tomber dans les bras de Morphée.

La nuit a été un vrai calvaire, j’ai des frissons et je souffre de crampes d’estomac. J’ai beau tenter de me vider mais en vain, je ne vais pas mieux. Je ne peux pas vraiment poser de diagnostic mais vu mon régime des 15 derniers jours se limitant à quelques bananes et du jus de mangue, mon organisme souffre clairement de carrences et désequilibres.
Je m’arme de courage pour rejoindre la salle des ordinateurs afin d’envoyer quelques emails (le wifi n’est pas de mise malgré le luxe) mais une fois assise, il ne s’écoule que quelques minutes avant que je me sente vaseuse et prise de vertiges. Je retourne tant bien que mal dans la chambre et m’effondre sur le lit, ma tension a atteint des niveaux abyssaux.
Je suis contrainte de passer la journée en position horizontale, dès que je me lève, ma tête tourne et je perds tout sens de l’équilibre, je rampe pour me rendre aux toilettes. Ca devient inquiétant, je regrette presque de ne pas avoir une bonne tourista. Est-ce une sorte de sentence de la part d’une divinité qui me dit « hey ma p’tite, je te rappelle que le luxe n’est pas censé faire partie du voyage spirituel ! ». Rémi n’a  pas la grande forme non plus, un rhume carabiné le clou aussi au lit. Nous ne pourrons pas assister au coucher du soleil avec Jamal qui ira même jusqu’à se procurer le numero de notre chambre, il lâche pas l’affaire le petit.
Le lendemain matin, avant de me lever, j’entends une voix dans ma tête qui me suggère de manger du chocolat noir, heureusement que j’en avais achété à Amhdabad. Une fois le carré de noir corsé ingurgité, je me sens littéralement revivre, un vrai miracle, c’était donc ça dont j’avais besoin, une bonne dose de magnésium. J’ai reste encore sidérée par ce message transcendant. Merci mon ange gardien !


Apres un petit déj sur le toit terrasse au bord de la piscine, nous quittons notre 3 etoiles, sans en avoir vraiment profité mais c’est toujours plus agréable d’être malade dans un environnement confortable. Nous partons arpenter quelques ruelles avec son bazar fourmillant qui abondent d’échoppes d’étoffes à saru, de grains et d’épices parfumées. Nous achetons nos billets de train pour demain vers notre prochaine destination Agra. Il vaut mieux toujours acheter ses billets quelques jours à l’avance au risque d’être bloqué pour continuer par manque de place. Sur le point de monter dans un rickshaw à la recherche d’un autre hostel pour passer la nuit, une soudaine intuition me mène à aller jeter un coup d’œil à l’hostel qui m’a interpéllée. Bonne pioche, l’hostel est parfait et en plus la gérante Cécile est française, expatriée ici pour rejoindre son copain indien depuis 2 ans. Je préfère de loin une ambiance cosy et des conversations enrichissantes au luxe occidental. La partie pour se restaurer est le lieu où a été tourné le James Bond-Octopussy. Cécile m’affirme qu’elle a briefé son personnel en cuisine pour qu’ils respectent au mieux les regles d’hygiene rudimentaires alors je me laisse tentée et je ne regrette pas, c’est délicieux et pas trop épicé, je revis ! Je pense être guérie, je passe la soirée à rattraper le retard sur mon blog. 













Un bon p’tit déj avalé avec des toasts au Nutella, si si, je décide de me rendre dans un cybercafé mais à peine sortie de l’hostel, je suis assaillie par une grappe de jeunes males indiens dont j’aurais du mal à me débarasser, je ne comprendrais plus tard la raison de cette agitation.  Je recontacte le CSurfer Nitin que nous étions censés rencontrer plus tôt mais notre etat de santé nous en avait empeché. Apres avoir déjeuné (yes ! on refait 3 repas/jour) nous nous faufilons dans les ruelles en terre battue où les rickshaws et les voitures se disputent pour se frayer un passage, un vrai cocktail de pollution sonore et atmosphérique. Relans de Mumbai. 



Lassée, je repars dans mon havre de paix où j’engage une longue conversation avec Cécile avant de réaliser qu’il est déjà temps de rejoindre Nitin. Ponctuel, celui ci arrive devant l’hostel sur sa moto et reviens 10 minutes plus tard avec sa voiture pour nous faire visiter la ville, du moins revisiter. Visiblement, il appartient à la classe plutôt aisée. Il est tres sympa et tient une agence de tourisme donc il n’hesite pas a nous inciter à lui faire de la pub. On convient de se voir le lendemain pour aller visiter un lieu plus authentique dans la nature.
Je récupère mon linge « propre » dont les lavandières se sont chargées mais reste déconfite en voyant l’etat de mon Levi’s, il a du être torturé pour se retrouver dans cet état là, il ne rentrera pas en France celui là. 
Aujourd’hui est notre dernière journée à Udaipur, je prends mon p’tit déj sur la Terrace et consacre la matinée à l’écriture du blog en compagnie de Cécile. Nitin nous récupère moi et Rémi en début d’aprem direction le Mansoon Palace qui surplombe la reserve naturelle. Apres avoir roulé sur une route sinueuse et pentue, la vue panoramique sur la ville et ses lacs est imprenable. Les couleurs et les arbustes environnents nous rapellent fortement la Provence, c’est salvateur de ne plus subir tous ces décibels de klaxons.


De là, nous partons nous immerger dans la vie traditionnelle du Rajahstan. La visite de ce petit village authentique n’est tout de même pas épargnée du côté mercantile touristique. Au détour de petites huttes faites de terre glaise et de toit de paille, ils insistent pour nous vendre des petits pots de terre cuite ou autres objets artisanaux. Ils ont un sacré bagou mais avec le temps, on a appris à devenir fermes. On a beaucoup aimé cette visite, je me serais presque crue en Afrique. 





De retour à l’hostel, nous bavardons un long moment sur la terrasse avec Cécile qui nous qui comblent un peu plus nos lacunes sur la culture indienne et nous explique notamment le comportement des jeunes indiens. Ne pouvant pas avoir de relations sexuelles avant de se marier, ils poirotent devant les hostels de backpackers remplis d’occidentaux avec l’espoir qu’une d’entre elles se laissent tenter. Mouais, c’est pas tres gratifiant. Dans l’attente se voir présenter leur future femme choisie préalablement par la famille, ils restent parfois vierges jusqu’à 23 ans.
De toute façon, les indiennes ne sortent de la maison familiale que pour aller étudier, du moins lorsque elles ont accès à l’enseignement.
Ca explique pourquoi les mecs me dévisageaient de façon insistante. L’Inde est décidemment pleine de contradictions : bizarrement ici, montrer ses épaules découvertes choque beaucoup plus que de montrer son ventre. Ils jettent leur détritus partout mais réparent systematiquement tout objet ce qui est assez écolo mais finalement c’est plus par soucis matériel.
Nous quittons l’hotel et notre irréprochable hôte pour rejoindre la gare où Nitin est déjà sur le quai pour nous dire un dernier au revoir. Il check les listes et s’assure que nous avons les bons sièges, c’est de l’assistance 3 étoiles. On ne sait pas quoi penser, on a tellement entendu dire que les indiens étaient fiers d’être escorté d’occidentaux que je doute un peu de la sincérité de tous ses gestes d’attention. On verra avec le temps..